André-Jacques Auberton-Hervé

Fondateur de Soitec et de 4A-CE

Une nouvelle ère industrielle s’ouvre à nous, celle de l’industrie 4.0.

L’industrie 1.0

était celle du XIXe siècle, de la mécanisation textile, de la machine à vapeur et du charbon.

 

La 2.0

celle de l’énergie et des transports (train, voiture, avion…), du pétrole,
de l’électricité, de l’acier

 

La 3.0

celle du digital,
de l’ordinateur PC,
de la loi de Moore,
du silicium

 

La révolution 4.0

est celle de la mobilité et de la connectivité, de l’internet des objets, du smartphone, de l’énergie distribuée, renouvelable. C’est aussi l’ère des géants industriels, du consomm’acteur.

Comment l’entreprise peut-elle s’adapter ?
Comment l’économie européenne peut-elle tirer son épingle du jeu ?
C’est le sujet de mon dernier essai, De l’Audace, et de ce blog.

Portrait d'André-Jacques Auberton-Hervé

Qui est André-Jacques Auberton-Hervé ?

Docteur en Physique à l’âge de 24 ans, André-Jacques Auberton-Hervé a co-fondé Soitec en 1992.

Son entreprise a su, au fil des années, multiplier les innovations pour se hisser au rang de leader de l’industrie du semi-conducteur. Aujourd’hui conseiller de l’administrateur du CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), il est également consultant et l’auteur d’un essai sur le développement de l’économie européenne à l’heure de la révolution industrielle 4.0. En 1992, André-Jacques Auberton-Hervé et Jean-Michel Lamure créent Soitec, une société ayant pour objectif de développer et d’industrialiser la production de silicium sur isolant qui est un composant utilisé dans la conception de puces électroniques. Sept ans plus tard, Soitec passe à l’étape supérieure et ouvre son capital : l’entreprise intègre Euronext Paris.

Passionné par la recherche et l’innovation de l’industrie technologique, André-Jacques Auberton-Hervé rejoint les rangs de grandes institutions : le SOI Industry Consortium qu’il préside mais également l’ARDI, agence pour le développement de l’innovation. En 2010, c’est avec honneur qu’il préside SEMI Europe, association mondiale des acteurs de l’industrie nanoélectronique. Il figure parmi les neuf membres d’un groupe de travail sur les technologies génériques TCG pour le livre blanc “Horizon 2020”.

Il crée en 2015 sa société de consulting 4A Consulting & Engineering qui est spécialisée dans le management des technologies innovantes et dans la gestion de projets dans le secteur des énergies renouvelables. En 2016, il publie “De l’audace”, un essai dans lequel il énonce ses idées par rapport au modèle de la croissance en Europe. Il traite également le sujet de l’industrie 4.0 qui va révolutionner la façon dont fonctionneront les entreprises de demain.

Smart Cut™, une innovation de rupture

André-Jacques Auberton-Hervé et Jean-Michel Lamure créent l’entreprise Soitec en 1992 avec pour ambition de révolutionner la production de Silicium sur Isolant (SOI). Un objectif rendu possible grâce au développement de la technologie Smart Cut™ qui s’apparente à un « scalpel à l’échelle atomique ». En quelques années, Soitec et le Smart Cut™ bouleversent la façon dont sont fabriquées les plaques de silicium notamment utilisées dans la fabrication des circuits intégrés, des transistors, des semi-conducteurs…

C’est ainsi que, sept ans après sa création, Soitec entre au Nouveau Marché de la Bourse de Paris (aujourd’hui Euronext Paris) et se déploie à l’international. Aujourd’hui, Soitec compte près de 900 collaborateurs, 40 clients dans le monde pour un chiffre d’affaires consolidé en 2015-2016 de 237,5 millions d’euros.

Laboratoire Fintech Andre-Jacques Auberton-Hervé

Une pluie de récompenses

Expert reconnu, André-Jacques Auberton-Hervé reçoit de nombreuses récompenses 
pour ses contributions tant techniques qu’entrepreneuriales.

L’European
Semi Award

en 1999 pour sa contribution majeure à l’industrie du semi-conducteur

Le Prix
de l’Audace

créatrice en 2006 des mains du président de la République, Jacques Chirac

Le Prix
de l’entrepreneur innovant

de l’INSEAD
en 2007

Les insignes
de chevalier

de La légion
d’honneur
en 2014

Il est également invité à rejoindre plusieurs organisations professionnelles parmi lesquelles SEMI international (dont il a été le président), l’ANRT (Association Nationale de la Recherche Technique), l’ENSERG (Ecole Nationale Supérieure d’Electronique et de Radioélectricité de Grenoble)
ou bien encore l’IEEE (Institut of Electrical and Electronics Engineers, Inc).

L’après Soitec

En 2015, André-Jacques Auberton-Hervé choisit de quitter ses fonctions opérationnelles à Soitec dont il reste le Président d’Honneur. Il fonde 4A-CE, son cabinet de consulting spécialisé en management de l’innovation et gestion de projets complexes dans le secteur de l’énergie. Il est, par ailleurs, conseiller de l’administrateur du CEA et auteur. Il publie, en 2016, son premier essai intitulé De l’Audace où il décrypte les conditions nécessaires à l’émergence de champions industriels européens.

Soitec, grandeur et déclin d’un patron

« C’était tout de même sa boîte ! » s’exclame un salarié de Soitec, encore incrédule, trois semaines après ce conseil d’administration qui a déboulonné André-Jacques Auberton-Hervé. Mi-septembre, le cofondateur de cette société grenobloise de très haute technologie a été contraint d’abandonner son poste de président.

Celui que tout le monde appelle André, au siège du fabricant de disques de silicium sur isolant pour semi-conducteurs, avait déjà dû céder, en janvier, la direction opérationnelle à Paul Boudre. Pour faire avaler la pilule, les membres du conseil d’administration lui avaient alors très doctement expliqué qu’il était important « pour une bonne gouvernance » de séparer les fonctions de président et directeur général. Neuf mois plus tard, elles sont de nouveau réunies, mais c’est M. Boudre qui devient PDG.

Révolution

Il faut reconnaître que l’entêtement de M. Auberton-Hervé, désormais simple président d’honneur, à diversifier Soitec dans la fabrication de cellules photovoltaïques de très haute performance amenait sans doute l’affaire à la faillite pure et simple. « Le conseil d’administration de janvier a été très dur, mais déterminant pour décider d’abandonner le solaire et de concentrer la société sur ce qu’elle sait faire », se souvient un administrateur qui préfère rester anonyme.

« Les projets où seule la technologie nous fait rêver, on ne les fera plus, ce n’est pas ce qui nous fera vivre demain », résume d’une voix calme, qui tranche avec sa carrure, le nouveau patron de Soitec. Une révolution culturelle. Qui n’est pas synonyme d’un coup d’arrêt à la recherche et développement. En juin, le laboratoire commun avec le CEA-Leti voit même sa voilure augmentée, mais certains axes sont abandonnés pour mieux se concentrer sur les produits plus proches du marché.

Si ferme aujourd’hui, ce conseil d’administration semble avoir été bien docile les années précédentes. Pourtant, depuis 2011, le premier actionnaire n’est plus M. Auberton-Hervé, mais l’Etat. Bpifrance détient 9,5 % du capital, la Caisse des dépôts, 3,7 %, tandis que le fondateur et sa famille n’en contrôlent que 2,5 %. Vient ensuite le japonais SEH, à la fois partenaire historique et concurrent, avec 1,9 % du capital. Le reste est disséminé dans le public.

Pendant ces années de fuite en avant, où les pertes vont se creuser et les effectifs fondre, la rémunération de cet ex-ingénieur-chercheur du CEA-Leti s’envole. Avec le fixe, le variable et la valorisation des actions gratuites attribuées, la rémunération globale de ce patron alors intouchable va passer de 884 000 euros pour l’année 2007-2008 à 1,3 million d’euros en 2009-2010, puis 3,2 millions en 2011-2012.
Chez Bpifrance, on s’abrite aujourd’hui derrière le fait que l’administrateur représentant l’investisseur public n’était alors pas membre du comité des rémunérations. Et de remarquer que les émoluments du PDG sont retombés à 993 000 euros en 2012-2013 et 575 000 euros l’année suivante.

La nostalgie de la période faste

Le moment est douloureux pour le père fondateur. Même la dernière mission que lui a confiée Soitec en 2015 a échoué. Contre une rémunération forfaitaire de 200 000 euros, il a été chargé d’assister l’entreprise dans la négociation de la vente de sa division solaire. Le 21 mai, l’entreprise annonce, soulagée, un « accord final avec ConcenSolar », un industriel chinois, pour lui vendre « tous ses actifs technologiques et ses sites de production de Fribourg en Allemagne et de San Diego aux Etats-Unis ». Le 5 août, Soitec annonce qu’« en dépit de l’accord, la transaction avec ConcenSolar ne sera pas finalisée ». Ces sites sont donc en train d’être fermés et les salariés d’être licenciés pour vendre les équipements à la casse.

« Il ne faut pas juger une course sur les trois derniers virages », s’emporte Christophe Maleville, entré chez Soitec en 1997, quand la start-up ne comptait qu’une dizaine de salariés. Aujourd’hui membre de l’équipe de direction, il insiste : « Ce qu’a fait M. Auberton-Hervé est absolument extraordinaire. » De fait, cette entreprise française dont le nom ne dit rien au grand public est mondialement connue par les industriels des semi-conducteurs.
Certains ont la nostalgie de la période faste et des salaires confortables. Dans les années 2000, grâce au levier des « bons de souscription de parts de créateur d’entreprise » largement distribués, « les salariés regardaient Boursorama tous les matins pour surveiller le cours de Bourse », se souvient Fabrice Lallement, le délégué syndical CGT.
Alors que le moment de vérité approche pour savoir si Soitec est à l’aube d’une troisième vie, M. Auberton-Hervé reste fier de « cette histoire californienne à Grenoble ». Elle se poursuivra sans lui.

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